Nécromancie

     

    Quels mots nous viennent à l'esprit lorsqu' on aborde le thème de la nécromancie ? Magie noire, sorcellerie, Vaudou, sang, démonologie, cadavres, la liste est longue ; pour les profanes, cet « art » parait obscur, voire macabre. Il n'en demeure pas moins que cette pratique est méconnue du grand public, et c'est ce qui lui vaut sans doute  cette connotation péjorative et malsaine. Qu'est-ce que la nécromancie ? Depuis quand la pratique-t-on ? Quels en sont les fondements ? Ses rituels sont-ils des cérémonies où le sang coule à flot et durant lesquelles sont évoqués les esprits les plus malins ? Il est temps de démêler le vrai du faux, et de faire un sort aux idées reçues… 

La nécromancie, simple tabou ou barbarie? 

La nécromancie (nécros=mort, manteia=divination) est une pratique magique complexe, étroitement liée à la mort. Le pratiquant, nommé nécromancien (ou nécromant), se sert de la mort et de l'esprit des morts dans un but divinatoire, afin d'obtenir d'eux des prédictions, ou plus sombrement dans l'intention d'obtenir  grâce à leur obéissance, une faculté ou un pouvoir inaccessible. En ce sens, le spiritisme et la nécromancie se rejoignent, faisant appel aux entités et s'appuyant sur la croyance que celles-ci, une fois dans l'au-delà, acquièrent la capacité de révéler l'avenir. Toutefois, le spiritisme ne nécessite pas une connaissance approfondie de la magie, et n'est aucunement lié aux dépouilles de ces entités, ce qui n'est pas le cas de la nécromancie, qui, selon les rituels, utilise os, vêtements, ou sang de cadavre par exemple.

Nécromancien invoquant les fantômes des morts

Nécromancien

 

Nous touchons là du doigt ce qui vaut tant de controverse à la nécromancie : l'utilisation des cadavres. Dans notre société, où la religion a fortement entouré d'un tabou la mort, la profanation des défunts et des cimetières, comme toute forme de communication avec les esprits, quoi de plus sacrilège qu'un rituel de nécromancie ?

Il n'en a pas toujours été ainsi. Dans nombre de cultures et de croyances, contemporaines ou passées, la nécrologie tenait une place omniprésente. Homère est le premier à la mentionner, dans l'Odyssée.  Circé invite Ulysse à un rituel nécromantique ; dans ce récit, les revenants n'ont pas de facultés que ne possèdent aussi les vivants, et ne peuvent se manifester qu'au seuil de la « porte des enfers ».  Il faut attendre la civilisation grecque pour donner une nouvelle dimension au rituel : les esprits peuvent être invoqués non pas en un endroit donné (la fameuse porte des enfers), mais en n'importe quel lieu. De plus, sous l'influence des croyances grecques, les esprits se voient à même de faire des prophéties, et sont libres de se manifester individuellement. Le peuple de la Rome antique était également très friand de cérémonies nécromantiques, alors à leur apogée, mais génératrices d'abus et de débordements.

 

Circé communiquant avec les fantômes

Circé

 

Avec l'émergence de l'église, la perception de la nécromancie change radicalement. Elle n'est plus l'invocation des morts, mais l'invocation de forces démoniaque, d'où sa condamnation… Pratiquer un tel rituel revient à pactiser avec le diable, et l'église y voit une menace pour son ordre établi. Il s'en suit une véritable chasse aux sorciers(es).

Parmi les civilisations ayant exercé l'art de la nécromancie, citons les Perses, les peuples de Chaldée, d'Etrurie, de Babylonie, les peuples Nordiques, Syriens, Hébreux…

Si l'utilisation de la nécromancie à traversé et persisté à travers bien des âges, sa pratique n'en est pas moins ardue et réservée à une élite de magiciens. L'aspect négatif de cet art tient souvent aux intentions de celui qui en use. Tout comme il n'existe qu'une seule magie, pouvant devenir caricaturalement blanche ou noire selon son dessein, la nécromancie est neutre.  Ainsi, il est rare de voir les règles de son code transgressées par de véritables praticiens.  Accéder  à ce savoir requiert persévérance, discipline, équilibre, pragmatisme et maîtrise de soi.

Il est nécessaire de travailler avec la mort, les morts et la puissance de la mort : la mort en tant qu'archétype, qu'entité à part entière,  puissance ancestrale assimilée à un être en elle seule et donc pouvant être invoquée ; les morts comme des esprits de travail, dont le nécromancien obtiendra révélations ou faveurs, et avec qui il pourra instaurer un système d'échange de « bons procédés » ; la puissance de la mort, si l' on considère que toute mort dégage une énergie, proportionnelle à la violence du décès. Les morts subites, accidentelles, auxquelles le futur défunt ne sera pas préparé, libèreront beaucoup plus d'énergie qu'une mort souhaitée (suicide) ou à laquelle le sujet s'est résigné.

 

La Grande Faucheuse, maîtresse de la mort

La Faucheuse, archétype de la mort

 

Le nécromancien ayant acquit le savoir et désirant opérer un rituel doit préalablement s'y  préparer ; voici un extrait du grand « Livre des sciences occultes », de Laura Tuan, illustrant l'implication dont faire preuve le nécromancien avant et durant un rituel :

« Le rituel commence par une semaine de préparatoire, pendant laquelle le nécromant et ses éventuels assistants s'entourent d'une atmosphère macabre, en portant des vêtements et des linceuls prélevés dans des cimetières, en utilisant des cierges votifs pour l'illumination, et en mangeant du pain noir azyme et de la viande de chien (animal qui se nourrit parfois de cadavres). Une fois terminée cette première phase, l'opérateur va pendant la nuit auprès du tombeau choisi, l'ouvre et, après avoir découvert le cercueil, prononce une formule magique destinée à faire rentrer l'esprit du défunt dans son corps afin de le réanimer. Pour faciliter cette opération, le cadavre est extrait en partie de sa demeure et placé avec la tête vers l'Est, analogie de résurrection solaire. On dit que si le rituel est accompli à la perfection, le mort répond aux questions posées par le nécromant. A la fin, l'opérateur détruit par crémation, l'objet de ses attentions. »

Rituel de nécromancie

Laura Tuan ajoute ensuite :

« Il existe aussi une autre forme de nécromancie, plus adaptée à ceux qui n'ont pas accès aux sépulcres et aux cimetières. Eschyle, dans "Les Perses", en fournit un exemple avec l'épisode de l'ombre du roi Darius. Il s'agit dans ce cas d'une technique purement évocatrice : l'opérateur, grâce à des fumigations, à des sacrifices et à des invocations, rappelle sur terre l'âme du mort, qui répond à ses questions. »

Rituel de nécromancie

Le nécromancien se soumet donc à une suite d'actes, un processus défini selon la finalité de sa demande. Sa vision de la mort diffère de la nôtre : elle n'est pas une fin, mais un passage, une porte, une transition vers une autre naissance. S'il possède une prédisposition et une sensibilité telles qu'il soit réceptif  aux manifestations surnaturelles, il pourra maîtriser les esprits défunts lors de ses invocations.  Il s'avère naturellement plus simple d'appeler un mort que le nécromancien a connu, ou dont il possède un objet lui ayant appartenu. Le lien s'établit plus aisément. Des esprits malins pouvant se faire passer pour l'esprit invoqué peuvent se manifester. Le nécromancien s'assure donc toujours de l'identité de celui-ci,  et veille à ne jamais forcer un défunt à communiquer s'il ne le désire pas. La notion de respect est omniprésente, et un nécromancien digne de ce nom ne transgressera jamais cette notion. Suivant le fameux « échange de bons procédés », il apportera un confort à l'âme ayant répondu à ses requêtes, facilitant son ascension vers un autre plan par exemple, lui indiquant le chemin de la lumière. Les entités des défunts se repartissent en cinq classes ou cercles:

-Le cercle des Ombres, peuplé de reflets simples, sans aucun pouvoir ni capacité.

-Le cercle des Ossements, où les entités sont proche du fantôme, mais n'ayant pas toujours conscience de leur état.

-Le cercle des Revenants, dans lequel les entités possèdent une apparence quasi  similaire à celle d'un vivant.

-Le cercle des Spectres, habité d'entités conscientes de leur mort, développant leurs capacités et pouvant en tirer profit.

-Le cercle des Anciens, avec des entités ancestrales, aux facultés surpassant celles des autres cercles, et de ce fait extrêmement dangereuses pour celui qui aurait l'idée de les évoquer.

 

Côtoyant ces entités, l'au-delà abrite des créatures diverses; la goule et la liche en font partie. La goule est supposée hanter les cimetières, les lieux peu fréquentés, revêtant de préférence une apparence de femme ou d'hyène, et se nourrissant de cadavres. La liche quant à elle est un esprit issu d'un être qui, après sa mort, subit une transformation afin de rendre cet esprit autonome et intelligent. D'aspect squelettique et fantomatique, la liche est souvent un sort que se jette lui-même le nécromancien, afin de conserver ses pouvoirs post-mortem, et ainsi  se soustraire au cycle mort/renaissance.

Fantôme-Liche

   

      Liche  

         

Fantôme-Goule

Goule

                                                                                    

Le mage doit par ailleurs savoir se protéger, contre les entités malveillantes comme nous venons de le voir, mais aussi contre les énergies qu'il manipule. Si la notion d'essence de vie est positive, familière et reconnue, l'essence de mort l'est beaucoup moins : contrairement à la première que l'on trouve dans chaque être vivant, l'essence de mort qui doit être puisée via un cimetière,  invocation ou méditation, s'avère dangereuse et destructrice. Le nécromancien ne doit jamais entrer physiquement en contact avec elle, sous peine de dégradation, voire plus…  Sa manifestation se traduit par une sensation de froid, de vide, une masse volatile sombre dégageant une puissante aura verdâtre. Face à un outil potentiellement aussi  destructeur, le praticien  s'armera de concentration,  de détachement et maîtrise.

 

Autres outils à la disposition du nécromancien,  la chaleur (feu) et le froid (glace).  Nous retrouvons le phénomène d'équilibre des contraires, comme dans l'essence vie/mort.  Le feu a diverses conséquences selon l'intensité de sa chaleur; il possède la faculté d'activer le mouvement des choses, de modifier un état d'inertie. A forte concentration, il peut détruire, mais aussi purifier (voir le premier rituel). Inversement, le froid gèle et provoque l'inertie, ralentit et neutralise. Employé intensément, il fragilise un être à l'extrême, le rendant vulnérable face à la moindre attaque.

Le feu, outil du nécromancien                                                          La glace, outil du nécromancien

Le feu                                                                                   La glace

 

Le principe d'équilibre se retrouve dans les divinités auxquelles on s'adresse lors des rituels; Si toutes incarnent la mort, toutes sont porteuses de renaissance, rejoignant l'idée que mourir n'est que franchir une porte. Ainsi, des divinités comme Charon (le passeur d'âmes chez les grecs), Hécate (déesse de la sorcellerie, aidant à développer ses dons),  Osiris (Dieu égyptien de la mort et de la renaissance) ou encore Anubis (juge et gardien du passage des défunts) font partie intégrante de la nécromancie. Ces divinités, et d'autres encore, aident à la réalisation et à l'accomplissement nécromantique.

 

 Charon, le passeur d'âmes          Hécate, déesse de la sorcellerie    

        Charon                                       Hécate     

Osiris, dieu de la mort et de la renaissance                       Anubis, juge et gardien du passage des morts  

 Osiris                                        Anubis

 

Le parcours initiatique d'un futur magicien achevé, la réalisation des rituels peut commencer.  Il est illusoire d'espérer en connaître les tenants et les aboutissants : quel nécromancien, détenteur d'un savoir si puissant et si chèrement acquit, offrirait un tel pouvoir à un simple néophyte, au risque de voir se produire toutes une série de faits plus ou moins macabres ? Assurément aucun… Cependant,  des rituels circulent librement, plus ou moins fantaisistes et erronés, mais pouvant toutefois servir de support à mieux visualiser la conception que nous avons de la nécromancie :

 

-Obtenir une réponse :

Verser quelques gouttes d'huile de pin ou de cyprès dans un trou creusé dans un cimetière. Prononcer en même temps cette incantation :

 

« J'appelle l'esprit qui repose sous le sol.
Je te pose une question,
Réponds-moi sans tarder.
Ainsi soit-il ! »

 

Enoncer à haute voix la question. Approcher son oreille du trou et attendre de percevoir une sensation de froid. La réponse sera alors dévoilée. A pratiquer un soir d'été ou de printemps.

 

 

-Invoquer un défunt :

Se procurer deux os humains. Durant la messe de minuit du nouvel An, se rendre dans une église, et prononcer cette phrase lorsque le prêtre s'incline et lève l'hostie :

« Exsurgent mortui et ac me veniunt. »

Se rendre dans un cimetière, et devant une tombe :

« Puissances infernales, vous qui portez le trouble dans tout l'univers, abandonnez vos demeures sombres et allez vous confiner au-delà du fleuve Styx. Si vous tenez sous votre puissance celui ou celle pour qui je m'intéresse, je vous conjure au nom des Rois des Rois de me le faire apparaître à l'heure et au moment où je vous invoquerai. »

Disperser une poignée de terre en récitant :

« Que celui qui n'est que poussière se réveille de son tombeau, qu'il sorte de sa cendre et qu'il réponde aux objections que je vais lui faire au nom du Père de tous les hommes. »

Tourner son regard l'est, mettre un genou à terre, attendre le lever du soleil. A ce moment là, jeter sur une église les deux os humains en votre possession. Faire 4100 pas vers l'ouest, s'allonger au sol, les paumes des mains contre les cuisses. Lever les yeux au ciel en direction de la lune. Invoquer l'esprit souhaité:

« Ego sum, te peto et videre queo. »

Une fois la communication avec le défunt achevée, prononcez :

« Retourne dans le Royaume des Elus, je suis content de ta présence. »

Retourner sur la tombe où la prière avait été faite initialement. Graver une croix de la main gauche avec un couteau.

 

 

-Blesser une personne :

Invoquer la mort, et par visualisation, concentrer son énergie en une masse intense. Visualiser l'énergie vitale de la personne à atteindre. Visualiser la masse d'énergie d'essence de mort en une main ouverte, et extirper une partie de l'énergie vitale de la cible. Remplacer ce vide par l'essence de mort et absorber l'essence de vie qui a été arrachée.

  

 

-Renvoyer un esprit malveillant :

Face à l'esprit à chasser, prononcez la formule suivante :

« Cendres aux cendres,
Poussière à la poussière,
Faites que cet esprit quitte cette terre,
Que le vent emporte ce fantôme errant
Et l'efface du monde des vivants,
Retournez-le là où est sa place,
Qu'il disparaisse sans laisser de trace. »

  

 

-Guider une âme à la lumière :

Se rendre sur le lieu où l'âme est enchaînée. Si ce lieu est inaccessible, établir un lien avec cette entité (objet, personne), et prononcez :

« Astres célestes,
Lumières du jour et de la nuit,
Que l'âme injustement prisonnière ici
Par votre force soit libérée,
Telle est la requête qui en cette heure
Vous est adressée. »

 

Cette exploration de l'univers nécromantique met à terre certaines idées préconçues : les dépouilles des morts ne sont aucunement bafouées ou utilisées à des fins gratuites, et le respect des morts est une des bases de cet art. De part certains aspects, la nécromancie se montre plutôt comme une « cousine » du spiritisme, moins répandue, plus ardue, plus sectaire. Elle obéît à un ensemble de règles, fondées sur l'échange entre les entités et le praticien. Car c'est en lui que réside de la bonne application de la nécromancie : un outil neutre, à placer entre des mains expertes qui en feront un usage conforme aux codes établis.

 

 

 

 

L'infidélité est comme la mort, elle n'admet pas de nuances.
 
[Madame de Girardin]

 

 

 



24/05/2008
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