Solitude & désespoir

 

 

"Comment peux-tu te plaindre? Toi qui as tout? Un bon job, un mari, des enfants, une maison, il y en a qui ont de bonnes raisons d'être plus malheureux que toi... Si j'étais à ta place je serais la plus heureuse et je ne passerais pas mon temps à m'apitoyer sur mon sort!"

Combien de fois a-t-on entendu cela? Combien de fois a-t-on essayé de trouver les mots justes pour expliquer que le mal-être intérieur ne trouve aucune réponse sans une main tendue, et non avec des biens matériels? Il arrive un moment où la solitude et le désespoir rendent hermétique à toutes sources de réconfort extérieur. Que faire? Vers qui se tourner, si cela est encore possible? Comment avoir encore envie de sourire, d'apprécier les choses simples et belles de la vie, lorsque votre monde s'écroule, part en lambeaux, et que vous n'êtes plus que l'ombre de vous-même? Témoignage anonyme:

 

 

 

 

 

"Je suis dans ma somptueuse maison, chaleureuse, décorée avec soin, ou plutôt devrais-je dire dans ma somptueuse prison d'or et de cristal. Le week-end s'annonce morose, comme tous les autres. Mon mari a emmené les enfants à Paris, voir un spectacle sur glace... sans moi, je ne suis pas de le fête. C'est dans ces moments que la télévision, internet et ma couette sont mes meilleurs amis, pitoyable n'est-ce pas?

Je regarde le téléphone, je pourrais appeler des amis; jamais je ne composerais un numéro, je n'oserais pas déranger quelqu'un pour pleurnicher sur son épaule. Les amis servent à ça, mais impossible, pleurnicher sur une épaule me donnerait le sentiment de gâcher le temps des gens que j'aime.

J'ai donc essayé de pallier ma solitude et ma tristesse seule: un feu de cheminée, une ou deux coupes de champagne, un bon film (que je regarderai sans même m'y intéresser), et mon canapé...

 

Les médicaments et l'alcool ne font pas bon ménage, dit-on, sans doute, mais rien à faire, pour une fois, ça me fera oublier que je veux en finir. Deux coupes et ma vie defile par scènes décousues: une enfance malheureuse rythmée par les coups, le divorce de mes parents, le suicide de ma mère, mes trois viols, mes humiliations, mes agressions, mon mari qui me délaisse, la perte de deux enfants, mes tentatives de suicides, non, il faut que ça s'arrête, je ne dois pas penser au passé. A quoi penser alors? Au présent? Je me hais, je me déteste, je me déteste de supporter une situation dont je ne peux m'échapper.

 

J'ai tout sacrifié par amour, amis, activités, travail, passions, et à l'époque, cela me semblait naturel, j'étais comblée, et mon mari m'apportait l'amour et la présence qui m'ont tant manqués. Le temps a passé, les changements lents et sournois qu'il immisce dans une vie de couple se sont fait sentir imperceptiblement. Mon mari a pris son envol sur le plan professionnel, ses entreprises n'ont cessé de se développer, de se multiplier, et évidemment, le temps à consacrer à leurs bonnes gestions aussi.  Au début, je comprenais, j'expliquais même à mes enfants les raisons de l'absence de leur père. Ils en souffraient quand même... moi aussi, mais nous avions espoir qu'un jour tout cela se stabilise et que nous retrouverions le père et le mari qui nous manquait si souvent.

 

Les années ont passé, et rien ne s'est arrangé, bien au contraire; le travail est devenu la priorité numéro 1, passant avant les enfants, la femme, la maison, bref devant tout. Je vois la souffrance de mon aînée face à cette situation, et son entrée dans l'adolescence n'arrange rien. Le tout petit montre des signes de colère, et je culpabilise de ne pouvoir les soulager tous les deux. Je culpabilise, tous les jours, chaque instant, d'être usée et de ne plus avoir la force de réagir après avoir tout essayé: les conversations, les lettres, les sms, les thérapies de couples, j'en passe.

 

 

 

 

 

 

Cette situation m'a rendue malade, jusqu'à être hospitalisée 3 mois. 7 de tension, 12 kilos de perdus en 1 mois et demi, et des scarifications sur les bras. Depuis ma sortie, rien n'a changé, je suis toujours couverte de cadeaux, je ne manque de rien, sauf d'amour, d'écoute, de soutien. Ma maladie n'est en pas une aux yeux de celui qui partage ma vie et qui ne partage plus mon lit depuis 5 ans.

 

Alors que faire? Une troisième tentative de suicide, en espérant préparer le bon cocktail cette fois-ci, partir et perdre celui que j'aime, me résigner et accepter cette situation, me construire une vie parallèle, m'en remettre aux traitements médicamenteux inefficaces depuis 5 ans? Mourir c'est tentant, se délivrer d'une souffrance et d'un abandon quotidien, abréger ce mal qui ronge jour après jour. Oui mais, les enfants? Leur grand-mère s'est déjà suicidée, je ne peux leur infliger la peine et le cortège de questions déchirantes auxquelles ils n'auront jamais de réponses.

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait des années que je suis à bout de forces, qu'on me "tient debout" avec toutes sortes d'anti-dépresseurs, de calmants, et je sature, je suis épuisée, résignée, et si la mort venait me prendre, c'est moi qui lui tendrait la main."

 

 

 

 

 

 

La solitude et le désespoir ne dépendent en aucun cas de la situation matérielle d'une personne. Bien sûr, des conditions de vie difficiles et précaires ne doivent surtout pas être passées sous silence. Le but de ce témoignage est de faire comprendre que chaque personne peut être atteinte par des pathologies plus ou moins graves (ici le sentiment d'abandon), de causes diverses, et qu'il ne faut jamais sous-estimer le désespoir (et souvent la solitude) d'un proche.

 

 

 

 

 

 



03/12/2011
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